Transmetropolitan


Je viens de terminer la lecture du sixième et dernier volume de cette série. Et sans aucune exagération ni dithyrambe, la première impression est celle d’avoir lu une œuvre majeure.

Le Pitch de base :

l’histoire de Spider Jerusalem, journaliste/écrivain gonzo spécialisé en politique et société, qui, après un énorme succès, s’est retiré du monde; son éditeur l’oblige à revenir et c’est là que les choses sérieuses et drôles commencent!!  Il se dévoue à dénoncer les conditions de vie des populations de La Ville ainsi que l’abus de pouvoir et la corruption de deux présidents  des États-Unis consécutifs par ses articles chocs. Il est accompagné de ses « salopes » d’assistantes qui l’aident à empêcher le monde de devenir encore plus dystopique qu’il ne l’est déjà, il est aussi accompagné de son chat à deux têtes et il emmerde la Terre entière et les univers connus… Le tout se passe au 23e siècle, un futur pas si lointain…

Le synopsis est vague mais il résume très bien la trame principale de cette série de 60 épisodes publiés en 6 volumes en France.

Le personnage principal, Spider Jerusalem, pour faire simple, est un mélange du Hank Moody de Californication pour le coté « j’écris une chronique et j’aime l’amour libre »,  avec une titanesque dose de Hunter S. Thompson, l’écrivain de Las Vegas parano (entre autres) pour le coté je sniffe, ingurgite et m’injecte tout ce que je peux en écrivant des articles. Ajoutez à tout cela une pointe de misanthropie et de conscience sociale et vous aurez un début de portrait.

Il déteste être de retour dans La Ville, il hait La Ville et tous ceux qui l’habitent mais il veut aussi tout faire pour que les choses aillent mieux. En bon journaliste, il va utiliser toutes les armes à sa disposition (métaphoriques et réelles aussi!)  et mener une croisade de dénonciation de l’hypocrisie, des injustices, de la corruption, de la misère et de la politique en général.

La plupart du temps en tant que lecteur on serre les dents, c’est violent, inique, sale et insupportable mais, malgré lui, Spider Jerusalem voit les gens qu’il déteste commencer à l’écouter, à l’aduler pour certains, et les choses se mettent à bouger peu à peu. Tout ceci est dans un premier temps, car très vite sa véritable croisade sera contre les présidents en place. D’abord « La Bête » et par la suite « Le Sourire », Némésis par excellence et principal de Spider Jerusalem et de ses assistantes. Une lutte qui va se poursuivre jusqu’aux dernières pages de la série.

Toute l’action se déroule dans un futur indéterminé, au 23e siècle apparemment, dans La Ville, sorte de New York futuriste, dégénéré et monstrueux. La Ville abrite tout ce qu’on fait de pire et de mieux, de la toute dernière religion (il s’en crée une toute les 30 secondes!) au dernier vaccin en passant par le dernier met à la mode (le burger au singe ou le Ebola Cola), la ville contient tout et plus encore.

Ce comics profondément PostCyberPunk ne se raconte pas, d’ailleurs il se raconte mal, il faut le lire et le vivre! C’est de la science fiction pure et dure, de celles qui nous content un futur horrible et dystopique pour mieux nous faire réfléchir sur notre présent. Les thèmes traités vont des marginaux à la police digne d’un régime totalitaire, en passant par la censure, évidemment, mais aussi par les inévitables quantités de drogues qu’ingurgite ou s’injecte Spider Jerusalem.

Comme je le disais, on serre souvent les dents face à tant d’horreurs et d’injustices mais, immanquablement on fini par rire et par trouver jouissive la hargne avec laquelle Spider Jerusalem crache sa haine et son indignation. C’est aussi acide, plein de mauvais esprit, fou, déjanté, jouissif et bon que de se casser le pied à force de donner des coups de pied dans les fesses de la personne qu’on déteste le plus et qui nous pourrit la vie tous les jours !!! C’est malin, bien écrit, riche de références, très drôle et ça fait réfléchir. Il y a également beaucoup d’action, je vous rassure, parce que quand on donne de tels coups dans la fourmilière du conformisme, on dérange beaucoup de personnes et, souvent, elles en veulent à l’intégrité physique du trublion en chef…

Pour ce qui est des auteurs, au dessin c’est Darick Robertson qui maitrise (il y a des dessinateurs invités mais sinon c’est lui tout seul). Les dessins comme l’univers sont d’une richesse et d’une imagination hors du commun. Il y a beaucoup de détails, surtout au début de la série car par la suite la qualité baisse très légèrement, la faute aux rythmes de publication de plus en plus serrés, mais le tout est remarquable.

Le second auteur et unique scénariste de la série est Warren Ellis, qui pour moi est un des meilleurs scénaristes des dernières années, vous l’aurez compris. Il démontre encore ici toute la puissance de son imagination, de son humour et de ses convictions. L’histoire se met en place dès les premières cases et ne va qu’en s’enrichissant chapitres après chapitres, d’autres part la structure circulaire que revêt la série n’est pas pour me déplaire. Les dialogues sont excellents, percutants, vifs, drôles et d’une vulgarité sans nom. Les réparties et les idées sous-jacentes brillantes.

Il y a une énergie du tonnerre dans Transmetropolitan, une conviction que la vérité existe et qu’elle mérite d’être révélée. Spider Jerusalem, emmerdeur professionnel, dépasse la simple personnification pour s’approcher de l’archétype. Ellis manipule le médium de la bande dessinée à son plein potentiel et s’avère capable d’une profondeur stylistique des plus jouissives.

La série est très vite devenue culte : Garth Ennis, Patrick Stewart ou Darren Aronofsky ont préfacé des volumes et de grands noms de l’illustration et du dessin ont voulu participer à l’aventure. Ce qui suit va ressembler à du « name dropping » mais c’est juste une liste non-exhaustive des prestigieux artistes qui ont dessinés pour la série : Moebius, David Lloyd, J. Scott Campbell, Bill Sienkiewicz, Geoff Darrow, Jaime Hernandez, Tony Harris, Jim Lee, Chris Sprouse, Bryan Hitch, Frank Quitely, Brian Michael Bendis, Eduardo Risso, John Cassaday, Paul Pope, J.G. Jones, Phil Jimenez, Jimmy Palmiotti et Gene Ha entre autres… Respect!

En résumé, Transmetropolitan reste une œuvre magistrale: 1300 pages de fiction politique, de science-fiction post-cyberpunk, de thriller futuriste et d’un protagoniste à tout casser. Le tout est vraiment très jouissif, on passe un excellent moment, on a parfois un sentiment d’injustice totale, mais très vite et parce que le personnage de Spider Jerusalem est un « rentre dedans » nihiliste et mono-maniaque, on est content que les « méchants » en aient pour leur compte.

Je le conseille très très vivement à tous ceux qui aime la BD intelligente et aux autres aussi !
Pour public averti


Transmetropolitan de Warren Ellis - Darick Robertson Panini Comics France Collection Vertigo Big Book 28€ - 220 pages