Vendeurs de viande froide


Pascal Nègre, réjouis toi! La solution pour endiguer ce fléau qui mine tes précieux revenus est toute trouvée. Laisse donc de côté la poursuite d’une chimère, celle de réussir à contrer le piratage. D’une part, ce n’est qu’une course perdue d’avance, car, à l’instar des cyclistes gravissant des cols que même en mobylette on n’y arrive pas, les petits malins auront toujours une longueur d’avance. D’autre part, il se pourrait tout simplement que les gens n’achètent plus de musique pour de bonnes raisons. Par exemple, au hasard, parce qu’aujourd’hui, notre bien aimée Haute Autorité considère qu’Emma Leprince c’est de la musique qu’achèterait le bon peuple. Personnellement si un tel futur est possible, j’exhorterai de tout mon saoul les gens à télécharger.

 

Gotta kill them All

Si si, Pascal Negre a déjà eu une idée lumineuse.

Bref. revenons a nos moutons, quelle serait donc cette mystérieuse solution miracle? Pascal n’en peut plus d’attendre (car bien entendu le grand patron d’Universal lit Mandorine, de même qu’ Arnaud Lagardère ou Barack Obama), eh bien voici la solution pour peu que l’on ait un sens de l’éthique un peu atrophié, ce dont je ne doute pas : liquidons les artistes. D’une part, finis les caprices et les rallonges budgétaires, les frasques et les coups de mous. D’autre part leur inspiration parfois se tarit, entraînant de fortes baisses de revenus pour les modestes PME que sont les majors. Rien de tel qu’un album devenu valeur sure, prise de risque minimum. Alors si vous rajoutez un bon décès, si possible nimbé d’un zeste de légende soufrée, c’est le cocktail parfait  pour faire exploser la courbe des ventes.

Amie de la vinasse

Parler ici d’une Amy Winehouse a peine refroidie, en surfant sur la vague de l’émotion, ne vaut certes pas beaucoup mieux. Cependant il est un peu étrange de voir la raison qui fait qu’actuellement le public se jette sur la musique de la diva avinée. Hommage? Morbidité? Sachez, chers gens, que de toutes façons ça ne la rendra pas plus riche, ses parents n’en seront pas plus heureux, et qu’il est bien dommage de s’intéresser à quelqu’un lorsqu’il est mort. De son vivant c’eût été plus sympathique, d’autant qu’en allant la voir en live l’argent serait allé un peu plus dans sa poche et moins dans celle de la maison de disque. Certes, la voir en concert relevait un peu d’une conjonction astrale exceptionnelle qui avait largement éclipsé les pourtant non moins célèbres frères Gallagher, rois du lapin, mais tout de même.

La reconnaissance des ventes

Tatoos de marin, yeux de biche, mort de rockeuse...

De toutes façons, ne vous inquiétez pas, elle n’a pas été enterrée avec 300 000 copies de ses albums. Bizness, is bizness, big U a tout de suite eu le petit dollar au fond des yeux, avec pour objectif de doper les ventes de la soul sister déglinguos. Car à l’instar de Jacko, qui avait vendu près d’un million d’albums après sa mort, notre chanteuse accro à la vodka et au crack prend le même chemin. C’est peu dire que la chose est un peu zarbi, mais les vendeurs ont fait leur deuil en un temps record (record tenu par le tweet de la boutique Zune de MS qui a incité ses acheteurs alors qu’on venait à peine de la trouver rigor mortis) pour mettre en tête de gondole ce nouveau produit bankable, avec des numéro 1 en pagaille dans tous les pays chez les disquaires dématérialisés et des ventes grimpant de 400% sur le site de la Fédération Nationale d’Achat des Cadres. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que quelques jours avant le fatidique évènement, les disques de la feu demoiselle se trouvaient en bonne place dans les bacs à solde, a.k.a. dispatchés dans le chaos habituel de ce genre de présentoirs du fait que non, nous ne sommes pas une société de saxons névrosés de l’ordre. Il est donc aisé d’imaginer le soir de l’annonce une horde de gilets verts farfouillant comme des fourmis affairées dans ce bazar sans nom pour pouvoir remettre en avant les disques de celle qui a désormais rejoint le my(s)thique club des 27. The show must go on.