World séries tour # 2


En cette veille de week-end d’Halloween chez nos cousins d’outre-Atlantique, on a décidé de vous parler de séries tout à fait terribles. On pourrait évoquer les effrayantes American Horror Story ou Haven, et même citer Mockingbird Lane le remake des Monstres qui commence ce vendredi, tout cela aurait été très à-propos mais on va essayer de ne pas se limiter.

Un de mes éminents co-rédacteurs vous avait déjà offert il y a quelques temps un petit panorama des séries sympathoches du moment, c’est aujourd’hui mon tour de vous donner mon aperçu. Il faut bien dire que dernièrement la frontière entre cinéma et série TV est devenue complètement perméable. Les scénaristes et réalisateurs TV font du cinéma, les grands acteurs de cinéma font des séries TV, et quand une série fait un carton, les acteurs sont quasiment assurés de faire un film. Quand on voit l’inventivité et la créativité de certaines séries, on ne peut qu’admirer et se pencher sur ce que la télévision peut nous offrir de meilleur.

Person of Interest

J’avais entendu beaucoup de bien de cette série avant de me pencher dessus. Le véritable déclencheur pour moi a été quand, après la sortie du film Batman : The Dark Knight Rises, j’ai découvert que Jonathan Nolan (frère de et co-scénariste des deux Dark Knight) était le créateur de ce show télévisé. Curieux de voir ce que pouvait donner son travail en dehors du giron de son frère, et aguiché par un casting assez prometteur et le savoir faire séries de J.J. « voudrait être Spielberg » Abrams, je me suis lancé dans l’aventure.
Le pitch de base : un homme a inventé une machine capable de prévoir les crimes violents à venir. Pour les empêcher de se produire il engage un ancien agent de la CIA au bout du rouleau.

Et je n’ai pas été déçu une seconde, la série commence sur les chapeaux de roue avec un mélange d’espionnage et d’action façon Jason Bourne, une paranoïa ambiante digne des plus grands films de complots et un coté orwellien qui emballe le tout. Coté acteurs, on retrouve l’énigmatique et impressionnant Michael Emerson (le Ben Linus de Lost), la force brute et le charisme malin sont incarnés par Jim Caviezel, le reste du casting est complété par Taraji P. Henson, Kevin Chapman et une ribambelle de guests.

Là où la série rentre dans notre thématique imposée d’Halloween c’est qu’elle est habitée par la peur. La machine big brotherienne, née de la parano post-11-septembre et qui n’existe que parce que la nature humaine est ce qu’elle est. La peur étouffante d’une machine qui sait tout, d’une administration omnisciente et d’une menace très diffuse.

Diffusée par CBS. Prochainement sur TF1 en France.

Homeland

En ce qui concerne la peur dite du « journal de 20h de la première chaine privée de France » il y a Homeland. Un soldat revient au pays, une agent de la CIA le soupçonne d’être passé à l’autre camp. Tensions, suspicions, paranoïa, folie, aliénation et suspense étouffant, avec autant d’enjeux on est forcément accrochés.
Les spécialistes se plaisent à dire que si 24H chrono était la série qui représentait le plus les années Bush, Homeland est la série de son temps qui représente les années Obama. Un peu moins d’action, plus d’analyse, de réflexion mais autant d’efficacité et toujours un suspens palpitant.
Les personnages principaux sont interprétés par Claire Danes, l’ineffable Damian Lewis, le nerveux Mandy Patinkin et la divine Morena Baccarin, ils contribuent tous à rendre la série encore plus crédible et brillante. Une des force de la série est de jouer avec tous les stéréotypes sur les musulmans dans les productions Hollywoodiennes. Elle prend à bras le corps les préjugés, en joue pour mener la réflexion et le suspens encore plus loin. Grâce à un montage admirable et à une science du cliffhanger bien utilisée, on en redemande.

Diffusée par Showtime et par Canal+ en France depuis l’automne 2012.

Breaking Bad

Probablement LA série du moment, Breaking Bad est ce qu’on peut faire de plus cinématographique à l’heure actuelle. Sorte de Weeds hyper-dépressif avec Bryan « le papa de Malcolm » Cranston, la série est devenu petit à petit un exemple d’écriture, de montage et de réalisation.

Un père de famille, petit prof de sciences dans un lycée, se voit diagnostiquer un cancer du poumon en phase terminale. Il accuse le coup et décide qu’il doit à tout prix subvenir aux besoins futurs de sa petite famille après sa disparition. Il décide donc, en toute logique, de fabriquer de la méthamphétamine en mettant à profit son expertise en chimie.
Breaking Bad est une de ces séries où, quand quelque chose de mal doit arriver, et bien ça ne rate pas, ça tombe comme la misère sur les pauvres. Les coups du sort, les pépins et autres catastrophes se succèdent encore et toujours avec un suspens souvent insoutenable, de l’action et un grosse dose d’humour très noir.

La peur dans cette série vient de la menace permanente qui fait partie du milieu du trafic de drogues, l’évidente peur de la mort face à la maladie, la peur de laisser ceux qu’on aime seuls, au point de devenir soi-même une menace pour les autres.

Diffusée par AMC et par Arte en France depuis 2010.

Alphas

Pour terminer ce petit panorama, je vais parler d’une série super héroïque pas comme les autres. Alphas, c’est une sorte de série de super-héros réaliste, et comme Heroes était déjà une série de super-héros, disons que c’est une série de super-héros réaliste bien faite. Au casting, on apprécie surtout la présence de l’exceptionnel David Strathairn, patriarche rassurant et charismatique de l’équipe.

L’histoire est assez simple, parmi nous vivent des personnes qui possèdent certaines qualités neurologiques uniques qui leur permettent de faire des choses exceptionnelles. Une équipe composée d’alphas sous la supervision du FBI recherche des personnes qui possèdent un don.

Chaque pouvoir s’accompagne d’un handicap pour celui qui le possède. Gary qui peut voir et interagir avec les ondes électromagnétiques et les signaux est en contrepartie un autiste de haut-niveau, Nina peut imposer sa volonté à n’importe qui en parlant mais en contrepartie elle est condamnée à une vie de solitude, Bill est doté d’une force herculéenne mais le surplus d’adrénaline le met constamment au bord de la crise cardiaque, Rachel peut pousser ses cinq sens à l’extrême mais lorsqu’elle utilise un de ses sens, les autres sont totalement éteints en contrepartie et Cameron bénéficie d’une adresse hors du commun mais pour cela il doit se concentrer totalement et oublier tout stress éventuel. Toute cette fine équipe est dirigée par le Docteur Leigh Rosen qui n’a aucun pouvoir hormis celui d’avoir la classe.

Ce qui est intéressant, c’est que les pouvoirs restent tous relativement plausibles et vraisemblables, mais surtout il nous sont expliqués scientifiquement. Apparemment, chaque alpha possède une hyperactivité d’une partie du cerveau qui se manifeste par la sécrétion d’hormones, une plus grande rapidité de traitement, d’exécution etc.

Tout comme dans un X-men ou dans Heroes, les super-pouvoirs et la façon dont ils sont gérés par les autorités s’avèrent être une métaphore de la xénophobie, du racisme ou de la ségrégation. Les enjeux, les tensions entre les alphas et les gens normaux, ou entre l’équipe d’Alphas et les autorités sont des aspects que les comics ont déjà traité, mais ici la peur de l’autre et la peur de la différence sont présenté dans un monde et sous un angle tellement plausible et encore une fois réaliste, que ça en devient passionnant.

Diffusée par SyFy aux USA et en France depuis 2011.

 
On nous vend la peur à toutes les sauces parce qu’elle-même fait vendre. On peut voir la peur partout en cherchant bien mais ce qu’il faut retenir de ces quelques séries, c’est qu’on passe un excellent moment en les regardant et surtout qu’elle sont d’une qualité et d’un standing qui devrait effrayer certaines chaînes nationales.