La sélection officielle Angoulême 2011 Illustrée Part 1


Incognito, tome 1 de Ed Brubaker et Sean Phillips. Editions Delcourt

Je dois reconnaître avoir été surpris  quand j’ai vu que ce comicbook était sélectionné cette année. Ne vous méprenez pas il est très bon, même excellent mais je pense que ce n’est pas le meilleur de ce binôme d’auteurs.

Brubaker et Phillips sont aussi les auteurs des génialissimes  Sleeper et Criminal. Criminal est du pur polar, prenant, collant et brillant. Sleeper est à mon sens le meilleur, une histoire d’agent secret sous couverture dans une organisation criminelle internationale de méchants avec super pouvoirs, c’est du polar avec toutes les qualités de Criminal mais avec un supplément d’âme, de sadisme et de super pouvoirs.

Incognito se situe à mi chemin entre les deux, il est question de pouvoir mais le personnage vit dans la normalité, la routine et l’ennui.

Le pitch de base est le suivant : Zack Overkill est ce qui se fait de mieux en matière de supercriminel : hyperviolent, amoral et surpuissant. Il a pourtant choisi de raccrocher et de balancer ses anciens partenaires en échange d’une immunité totale. Il doit désormais réfréner ses pulsions meurtrières et vivre une vie d’employé modèle, sous peine d’être lâché par son agent de probation. Mais combien de temps pourra-t-il tenir ?

La grande force de ce duo d’auteurs c’est l’ambiance et la psychologie des personnages. Et ce projet ne déroge pas à la règle, l’histoire est somme toute assez basique mais la façon de la raconter, elle, ne l’est pas.

Le dessin de Phillips sert encore une fois avec brio l’histoire de Brubaker.  On a toujours cette ambiance poisseuse, ces personnages torturés et complexes.  Tout ce qui peut mal se passer, se passe mal, les cadavres dans le placard sont dignes d’un génocide et explosent vite au visage de tous.

Un formidable comic, indéniablement au dessus du lot mais tout de même pas le meilleur de ces deux compères.

Quelques illustrations pour que voyiez le ton :

 

Logicomix de Apostolos Doxiadis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos, Annie Di Donna

Quand un mathématicien, un professeur en informatique théorique, un dessinateur et une coloriste s’associent voilà ce qu’il en sort. Un graphic novel de haut vol qui nous conte l’épopée de la Logique.

Septembre 1939, alors que l’Allemagne, en envahissant la Pologne, plonge l’Europe dans la l’horreur de la guerre, de l’autre côté de l’Atlantique, un homme s’apprête à tenir une conférence sur le «Rôle de la logique dans les affaires humaines». A l’entrée de l’université, Bertrand Russell est cependant pris à parti par des manifestants pacifistes qui lui demandent de soutenir la cause isolationniste en prônant la non-participation des Etats-Unis au conflit européen. Après avoir invité les protestataires à le rejoindre dans l’auditoire, il va leur raconter une histoire, la sienne, et leur donner l’outil qui leur permettra de prendre une décision concernant l’engagement de l’Amérique contre la dictature d’Hitler : la logique !

On suit donc la vie de Bertie Russell et ses rencontres avec certains des plus grands penseurs de l’Histoire.

Les auteurs se mettent en scène eux même et s’adressent au lecteur, pour présenter,  préciser certains concepts ou mettre en perspective certains faits. Cette réflexivité méta narrative est marrante au début s’alourdit au fil du récit. Il n’en ressort pas moins que pour le néophyte fâché avec les maths que je suis, c’est très instructif, ludique à souhait, didactique aussi bien sûr, mais comme j’ai pu le lire ailleurs, on en apprend plus dans les notes que dans le roman lui même.
 
 

Ce Logicomix reste quand même un tour de force passionnant, malgré un sujet qui peut rebuter.  On apprend à connaitre ces hommes qui baignent dans des concepts vertigineux qui dépassent l’entendement et les font osciller à la frontière entre raison et folie.  Tout n’est pas que paradoxe, théorème, théorie et autres problèmes, il est aussi question d’Amour, de Vie(s) et de tragédie.

Un tel ouvrage pourrait être obligatoire dans les écoles. Ça n’en serait que logique…


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